Tronen

Tronen

Trolldom

Il y a des projets qui avancent longtemps dans l'ombre de leur créateur. Trolldom, groupe de black metal suédois conçu en 2004 par Swartadauþuz, par ailleurs actif dans Bekëth Nexëhmü, Muvitium, Azelisassath et Greve, n'a longtemps livré que des signes épars : une démo, Av gudablod röd…, en 2016, année où Lik rejoint l'aventure pour écrire les textes, puis en 2022 deux premiers albums sortis de concert, Av gudars ätt… et I nattens sken (Genom hemligheternas dunkel). Quatre ans plus tard, Tronen, troisième album du groupe, paraît le 30 octobre 2026 chez Debemur Morti Productions, en CD, en vinyle (dont une édition exclusive du label) et en numérique. Le passage chez un label de cette stature change l'échelle : on n'écoute plus ici un projet de chambre, mais un disque que son éditeur défend comme un événement.

Les conditions de fabrication racontent déjà une montée en gamme. Les morceaux ont été composés en octobre 2023, enregistrés entre 2023 et 2024, puis mixés et masterisés au début de 2025 par S.D.S., que l'on connaît aussi pour son travail avec Martröð et Aversio Humanitatis, aux Empty Hall Studios. La musique est signée Swartadauþuz, les textes Lik, et les titres, en suédois, semblent annoncer un univers de nuit, de loups, de lignées et de trônes. Swartadauþuz tient les guitares et une partie des claviers ; Thorn chante ; Graf Nuzawandils, de Martröð, tient lui aussi les claviers ; Sortilege joue de la basse et Kevin Paradis, batteur de Belphegor, s'installe derrière les fûts. La pochette est l'œuvre de Greallach, que l'on associe à Pestilential Shadows. Deux claviéristes sur un disque de six titres : le détail dit assez la place que le groupe entend donner aux nappes et aux contre-chants.

Le disque compte six pièces seulement : « Tidens Evighet », « Dräpt ur Dunkel », « I Völvans Spår », « Etter Falla… », « Ulvarnas Kall » et « Dödens Släktled Stiga ». Les sources consultées ne donnent pas la durée de chacune, et l'on se gardera de la deviner ; on notera simplement que ce format resserré laisse peu de place au remplissage. Seul « Etter Falla… » avait été dévoilé avant la sortie. Islander, dans sa chronique « Shades of Black » du site No Clean Singing, y entendait des riffs tourbillonnants et planants, portés par les claviers, tandis que le label vantait de son côté une excellence du black metal suédois « addictive et sombrement mélodique » : un argumentaire, certes, mais qui désigne assez bien le territoire. Arctic Metal parlait, avant même la sortie, d'un troisième album plein d'accroches.

C'est Spyros Stasis, dans PopMatters, qui donne pour l'instant la lecture la plus détaillée. Dans sa sélection des meilleurs disques de metal d'octobre 2026, publiée le 26 octobre, il présente Trolldom comme le plus traditionnel, sans doute, des projets de Swartadauþuz, et salue en Tronen une suite plus ambitieuse et mieux produite que les deux albums de 2022, qui trouve l'équilibre entre la mélodie et les claviers symphoniques. Il y voit même « l'œuvre la plus aboutie » du groupe à ce jour. Les morceaux qu'il cite dessinent une carte utile. « Dräpt ur Dunkel » lui rappelle Slaughtersun, ce qui situe le titre, selon lui, dans une veine de black metal plus brute que décorative. « Ulvarnas Kall » est remarqué pour ses breaks, ces ruptures de rythme qui cassent la progression linéaire que le genre pratique d'ordinaire. Quant à « Dödens Släktled Stiga », il le rapproche de Limbonic Art et d'Emperor pour l'usage des claviers, c'est-à-dire de la tradition symphonique la plus ornementée du black metal scandinave.

Ces références disent à la fois la force et la limite du disque. Force, parce qu'elles montrent un groupe qui ne cherche pas à réinventer le genre mais à en maîtriser les codes avec plus de métier : une production plus soignée, des claviers placés au cœur des morceaux, des structures qui alternent l'élan mélodique et la rupture. Limite, parce que « le plus traditionnel » est un compliment à double tranchant. Convoquer Emperor ou Limbonic Art en 2026 revient à se mesurer à des disques que la scène connaît par cœur, et l'on pardonne mal à un album de cette famille de ressembler à ses modèles. Là où Tronen peut faire la différence, c'est dans la manière dont il tient la mélodie : un titre comme « Etter Falla… » mise sur la phrase qui reste, pas sur la démonstration.

Il faut être honnête sur l'état de la réception. Au moment où ces lignes sont écrites, soit deux jours après la sortie, la couverture critique est encore mince : la chronique de PopMatters est la seule analyse détaillée que nous ayons pu recouper, les autres sources n'étant que des annonces et des présentations du single. Aucune note chiffrée n'a été relevée, et nous n'avons trouvé ni commentaire de l'artiste sur la démarche du disque, ni détail de sa production au-delà du mixage et du mastering. Ce qu'on peut affirmer tient donc en peu de choses : un groupe qui change de dimension, un enregistrement soigné, un casting solide, et un premier écho favorable.

Verdict : Tronen est le disque d'un groupe qui a trouvé ses moyens sans, pour l'instant, avoir prouvé qu'il en a fait quelque chose de personnel. Le sérieux de la fabrication, le choix d'un format court et l'accueil de Spyros Stasis plaident pour un album accompli, qui s'adresse aux amateurs de black metal mélodique et symphonique plus qu'aux curieux. Nous lui donnons 7,5 sur 10, en attendant que les écoutes répétées et la réception des prochaines semaines disent si la mélodie y tient dans la durée. Un très bon disque de genre, qui n'a pas encore la signature d'un grand.

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