Il y a des disques que l'on ne range dans aucune case, et c'est sans doute ce qui rend Urarv si attachant. Le projet que Aldrahn a lancé en 2003 — la voix que l'on a entendue chez Thorns, chez Dødheimsgard et chez Zyklon-B — n'a jamais cherché à devenir un nom de premier plan. Après Aurum, Argentum et Substratum, publié en 2023, il revient le 16 octobre 2026 avec Nychta Psychis, cinq titres et un peu plus de trente-deux minutes, chez Darkness Shall Rise Productions. C'est court, et c'est volontaire : le groupe ne s'attarde pas, il enchaîne les idées comme on ouvre des portes dans un couloir d'hôpital psychiatrique.
Le socle reste du black metal norvégien, et le plus classique qui soit : des trémolos tranchants, des blast beats, une guitare au grain rêche. Mikey Morghul, dans Fantasykosmos, parle d'un noyau « étonnamment traditionnel », nourri de thrash et de punk. Mais tout ce qui l'entoure déraille volontairement. Le disque est porté par Aldrahn à la voix et à la guitare, avec Sakis à la seconde guitare et Sturt à la basse ; la batterie est attribuée à deux noms différents selon les sources, ce qui incite à ne trancher pour personne. Selon Fantasykosmos, le mixage et le mastering sont l'œuvre de Colin Marston, et le résultat est volontairement rugueux, anguleux, sans le moindre luxe, avec une basse très présente qui court sur le manche presque comme dans un groupe post-punk.
« Dødheimsgard » ouvre le bal, et le titre est déjà un clin d'œil à la filiation. Gustavo Scuderi, dans The Headbanging Moose, y entend deux ou trois chansons en une, des riffs aiguisés, des rythmes écrasants et une voix qui marche à leur côté. Eric Clifford, dans The Razor's Edge, y repère un milieu de morceau qui lorgne vers Motörhead, puis une dernière partie d'effroi cosmique. Spyros Stasis, dans PopMatters, pense plutôt aux riffs dissonants et à la progression quasi industrielle du premier album de Thorns. On est dans la même famille, à des degrés différents d'étrangeté.
La plage-titre, « Nychta Psychis », est le moment où le disque dévoile son jeu. Elle démarre sur des guitares acoustiques et une atmosphère presque feutrée, avant que la voix d'Aldrahn surgisse, théâtrale, tragique et mélancolique, selon Oswaldo Gonzalez dans Voices From The Darkside, qui va jusqu'à la comparer à King Diamond et parle d'un sorcier possédé. Puis le morceau grimpe en avant-garde pure, avec une valse titubante que Clifford qualifie de catastrophiquement ivre ; Luc, sur Musika, retient surtout la basse, qui porte les riffs plus que les guitares. « When Consciousness Identifies With Matter It Is Lost », le plus long titre de l'album, enchaîne chaos, fureur et passages cosmiques plus lents. Stasis le fait passer de Voivod à Die Kreuzen, Scuderi y voit une valse sombre où alternent chant clair et chant hurlé, et Musika relève des rythmes de polka façon âge d'or du genre, avec des lignes de claviers délicieusement déglinguées.
« Operation Genocide » est la pièce maîtresse, et Fantasykosmos la juge la plus forte du disque. Le texte évoque la cupidité, la guerre et le massacre de Wounded Knee en 1890, avec un hommage à Crazy Horse, d'après The MetalList. Musicalement, Stasis y relève une pluie de blast beats et de trémolos très orthodoxes ; Clifford, lui, la trouve cruelle dans sa rythmique mais ne s'explique pas qu'elle glisse soudain vers un refrain sautillant, un peu nauséeux. « Youniverse » referme l'ensemble sur un message que Gonzalez dit frontal et puissant, et que Scuderi décrit comme aussi dément que mélodique et dense. Clifford y trouve certaines leads trop cartoonesques, mais salue une dernière partie parmi les plus sinistres du disque.
L'accueil est plutôt favorable, avec des réserves qui sont celles que l'on attendait. Stasis, dans sa chronique des meilleurs albums metal d'octobre, parle d'un « gros bazar coloré » qui ne devrait pas fonctionner et qui fonctionne pourtant, et le rapproche de la volatilité de disques comme 666 International et A Umbra Omega, sans oublier l'audace du Black Medium Current de Dødheimsgard. Gonzalez y voit l'un de ses disques préférés de l'année. Scuderi conclut à une musique simplement honnête, écrite par des vétérans qui n'ont rien à prouver ni personne à satisfaire. Du côté des nuances, Clifford juge l'album bon mais inégal, et regrette que certaines excentricités nuisent plus qu'elles ne servent. Fantasykosmos reproche à certaines contorsions vocales de chercher la surprise plus que l'effet, à certaines incursions psychédéliques d'être mal intégrées, et à la durée de laisser une impression d'inachevé.
On comprend les deux camps. Nychta Psychis est un disque qui prend des risques à chaque minute, et tous ne paient pas : le « WOOO ! » de la plage-titre ou les leads trop espiègles de « Youniverse » prêtent le flanc à la moquerie, et l'on aimerait parfois que le groupe pousse une idée jusqu'au bout plutôt que d'en lancer trois. Mais c'est exactement le prix de ce qui le rend vivant. Peu de formations osent aujourd'hui mêler la dureté de la scène norvégienne, un chant théâtral et des élans psychédéliques sans que l'ensemble tourne à la parodie. Urarv y parvient, au prix de quelques accidents.
Le verdict tient en une phrase : un disque de caractère, court, bizarre et attachant, que l'on réservera à ceux que la déviance séduit plus que la perfection. Il ne détrône aucun classique de Dødheimsgard, mais il prouve qu'Aldrahn a gardé intacte sa capacité à déranger. Pour les amateurs d'avant-garde, c'est l'une des sorties les plus singulières de l'automne.

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