Il y a dix ans, Wage War n'était qu'un groupe de plus parmi les formations de metalcore floridiennes qui sillonnaient la Warped Tour. Fondé en 2010 à Ocala, signé chez Fearless Records en 2015, le quintette de Briton Bond (chant), Cody Quistad (guitare rythmique, chant clair), Seth Blake (guitare solo), Chris Gaylord (basse) et Stephen Kluesener (batterie) a patiemment bâti sa réputation, de Blueprints (2015) à Deadweight (2017), puis de Pressure (2019) à Manic (2021), jusqu'à Stigma (2024), dont le single « Magnetic » a atteint la première place du classement Mainstream Rock Airplay de Billboard. Landfall, sixième album du groupe, sort le 9 octobre 2026 chez Fearless Records, six mois après l'EP It Calls Me By Name (avril 2026). La question posée est simple : après un disque qui avait installé le groupe, que fait-on d'un statut acquis ?
La réponse tient dans l'image qui donne son titre au disque. Le groupe explique que les treize chansons sont bâties sur l'imagerie des ouragans, un clin d'œil à ses racines en Floride, et que le morceau-titre parle d'un danger imminent et de la prise de conscience que nous ne maîtrisons rien. Le mot « landfall » désigne le moment où la tempête touche terre : le disque ne raconte pas tant la catastrophe que l'instant où elle devient inévitable. Cette tension, des couplets lourds et menaçants qui débouchent sur un refrain sombre, presque résigné, sert de fil rouge à l'ensemble.
Le premier tiers du disque ne laisse pas de répit. « Landfall » ouvre les hostilités et met d'emblée la voix de Briton Bond au centre. Jack Price, pour Everblack Media, note que le chanteur a abandonné les growls murmurés de Stigma au profit de véritables hurlements, plus francs, plus physiques. Les guitares sont accordées bas, les riffs sont broyeurs, les breakdowns écrasants, et Stephen Kluesener y glisse des motifs de batterie rapides qui évitent aux passages les plus lourds de se réduire au martèlement. Quand « Sweet Dreams », sorti en single dès août, monte lentement vers un refrain immense, on comprend que le groupe sait exactement ce qu'il fait de ses tensions, et « Silk », que Anne Erickson, de Blabbermouth.net, voit déjà en favori des concerts, appuie sur la brutalité sans s'excuser.
C'est au milieu du disque que Landfall respire. « Figure 8 » et « Stay With Me » donnent plus d'espace à Cody Quistad et aux lignes mélodiques, avec plus d'émotion que d'habitude ; la seconde, d'après Erickson, révèle un versant plus tendre du groupe. Des guitares claires servent de sas, sans donner l'impression d'un interlude placé là par souci de dosage. « Silence Has Spoken » est, toujours selon Erickson, le titre le plus inattendu, avec ses passages hypnotiques et un solo de guitare marquant. Puis la brutalité revient avec « Way Of Pain » et « Red Dot », avant que « Spellbound » et « Blindfold » ne rappellent que l'album sait aussi écrire des refrains faits pour être repris en chœur. « Song of the Swamp », déjà présent sur l'EP d'avril, retrouve ici sa place dans un ensemble plus large. Le disque se referme sur « Silhouette », un final mélodique et ample que Price qualifie d'épique, qui fait redescendre la pression sans trahir l'atmosphère de tempête.
Côté style, Wage War ne réinvente pas son genre, et c'est probablement le propos. Price remarque que le groupe a mis de côté les touches industrielles et les détours les plus profonds vers le metalcore moderne de ses disques précédents, tout en gardant ses racines. Le groupe cite de longue date Pantera, Lamb of God, Metallica et Gojira parmi ses influences, et l'on entend ici un groove lourd et des refrains qui lorgnent du côté du hard rock et du post-hardcore. Le seul point où la forme patine, c'est l'uniformité : les riffs, les breakdowns et les placements de voix finissent par se ressembler d'un morceau à l'autre, reproche que formule Erickson, tout en le jugeant mineur. Aucun des comptes rendus que nous avons consultés ne nomme l'équipe de production : la crédibilité sonore du disque repose donc sur ce que l'on entend, non sur une signature.
L'accueil critique est largement favorable. Anne Erickson attribue 8/10 à Landfall sur Blabbermouth.net, y voyant un jalon récompensant dix ans passés à élargir un public, un disque assuré et poli où la lourdeur est équilibrée par la mélodie. Jack Price, pour Everblack Media, le décrit comme un disque lourd, rugueux, explosif et pourtant accrocheur, et pense que le groupe élargit son registre sans le diluer. Miles Milton-Jefferies, dans Still Listening Magazine, y voit une réponse aux doutes sur les derniers albums, peut-être le meilleur du groupe depuis Deadweight, et compare la succession de morceaux lourds et doux à un « best of » qui montrerait aussi l'évolution du groupe. Il reconnaît toutefois que « Spellbound » est l'un des morceaux les plus faibles, plus proche de Thornhill que de Wage War, et trouve un peu facile de reprendre deux chansons de l'EP du printemps.
Reste ce que le disque dit du groupe. Wage War a longtemps été le bon élève d'une scène qui vit de la répétition : il met ici en pratique ce qu'il a appris. La tournée Emergency Broadcast, du 25 octobre à San Antonio au 27 novembre à Orlando, avec We Came as Romans, Varials et Cane Hill, dira si ces treize titres tiennent sur scène. Sur disque, Landfall n'est pas un virage, mais c'est un album de metalcore où la mélodie ne sert pas d'alibi à la lourdeur, ni l'inverse. Il lui manque un vrai moment de prise de risque, ce que Erickson souhaite pour la suite ; tel quel, c'est le disque d'un groupe qui a trouvé son équilibre et sait déjà le défendre. Une réussite solide, plus consistante que révolutionnaire.

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