Saint Levant, de son vrai nom Marwan Abdelhamid, est un rappeur trilingue palestino-algérien né le 6 octobre 2000 à Jérusalem, au tout début de la Seconde Intifada. Sa musique, qui mêle funk, rock, hip-hop et rhythm and blues à des rythmes traditionnels palestiniens et algériens, en fait l’une des voix les plus identifiables de la nouvelle scène arabophone internationale.
Une enfance marquée par l’exil
Né d’une mère algéro-française, Maria Mohammedi, et d’un père palestino-serbe, Rashid Abdelhamid, tous deux élevés en Algérie, Marwan Abdelhamid déménage peu après sa naissance avec sa famille à Gaza, où ils vivent jusqu’au déclenchement du conflit entre le Fatah et le Hamas en 2007. Cet épisode pousse la famille à s’installer à Amman, en Jordanie, où il grandit jusqu’à ses 17 ans avant de partir en Californie poursuivre des études de sciences politiques. Cette enfance plurielle se reflète directement dans son rapport aux langues : l’anglais à l’école, le français à la maison, l’arabe dans le camp de réfugiés palestiniens où il jouait au football après les cours.
De TikTok au succès viral
En 2020, il crée un compte TikTok pour parler d’histoire et de politique palestiniennes, avant de rapidement se tourner vers la musique. Il publie ses deux premiers singles, « Jerusalem Freestyles » et « Nirvana in Gaza », la même année. En 2022, son titre trilingue « Very Few Friends » rencontre un succès retentissant, cumulant deux millions d’écoutes sur YouTube en moins d’un mois et devenant un son incontournable sur TikTok et Instagram.
Deira et l’affirmation d’une identité
Son nom de scène, choisi comme un clin d’œil à la maison de couture Yves Saint Laurent tout en reprenant le terme géographique et historique de « Levant », région qui inclut la Palestine, la Jordanie, le Liban et la Syrie, illustre sa volonté de se réapproprier un vocabulaire longtemps connoté colonial. Son premier album complet, Deira, sorti le 7 juin, comprend huit titres et plusieurs collaborations marquantes, dont « Allah Yihmeeki » avec Kehlani et « Let Her Go » en duo avec Cheb Bilal. Depuis le déclenchement de la guerre à Gaza, Saint Levant évoque régulièrement le sentiment de « culpabilité du survivant » qui a profondément marqué sa production artistique récente.
