If I Die Today : « I Felt Nothing », onze titres en exorcisme publiés le 19 juin

If I Die Today : « I Felt Nothing », onze titres en exorcisme publiés le 19 juin

Il y a des retours qui font du bruit et des retours qui font mal. If I Die Today, formation post-hardcore italienne active depuis près de vingt ans, publie le 19 juin son nouvel album, I Felt Nothing, présenté comme son disque le plus rapide, le plus agressif et le plus sanguin à ce jour. Onze titres façonnés en DIY, de l'écriture à la production, un vinyle pressé par le groupe lui-même et un banc de labels amis en co-production : le tableau d'un disque fait à l'ancienne, pour des oreilles qui refusent de s'engourdir.

« Un exorcisme sans pitié ni compromis »

Dans le communiqué publié à l'occasion de la sortie, le ton est donné dès les premières lignes : cela a pris du temps, mais presque un an après être entrés dans le studio de Dano, aux Turin Docks de Turin, leur endroit favori qui sert aussi de salle de répétition, If I Die Today est enfin ravi de partager I Felt Nothing. Onze titres représentant donc le travail le plus rapide, agressif et sanguin jamais publié par la formation, du moins à ce jour. Le groupe assume un choix structurant : cette fois, il a pleinement embrassé une approche DIY, de la composition jusqu'à la production.

Côté méthode, pas de plan de bataille : les morceaux ont d'abord été laissés en flux libre pendant les jams, puis façonnés et enregistrés avec Dano, le preneur de son maison du groupe depuis plus d'une décennie. Côté plume, Frez a continué d'explorer le versant sombre de l'humanité, mais en puisant cette fois dans la réalité vécue plutôt que dans l'art, laissant plus de place aux émotions personnelles et à l'exposition des contradictions les plus profondes. La formule du groupe vaut programme : si The Abyss In Silence, son prédécesseur, était une sorte de messe noire, alors I Felt Nothing est un exorcisme dérangeant, sans pitié et sans compromis.

« Lungs » et « King », la manière forte

La carte de visite s'appelle « Lungs », le morceau d'ouverture : rapide, martelé, un grave qui sonne comme un tunnelier en surrégime, un riffage en rafale et des cris d'une intensité déchirante. Le titre déroule surtout la signature qui fera la marque de toutes les chansons : le tempo ralentit et enveloppe l'auditeur de mélancolie, puis repart au galop d'une énergie punk sauvage, avant de dérouler des arpèges de lead tourbillonnants et une séquence finale qui pulse comme une sirène d'alerte affolée. Le successeur « King » renchérit : riffs râpeux et cautérisés, lignes de basse telluriques, batte ravageuse, chant brûlant, le tout traversé d'un travail de manche fébrile puis suspendu dans un pont de feedback, avec un final où tout part en vrille.

Ailleurs, les morceaux restent pour la plupart compacts, et la diversité devient la règle : hurler, chanter du registre de l'effondrement à celui de l'abattement, récitatifs parlés sinistres et cris en chœur se relaient, parfois servis par des invités, sur des lignes de basse agiles et des progressions de batterie électriques. La musique y crée la tension, y déstabilise, y explose. Le message, lui, tient dans la chute du communiqué du groupe : ne rien ressentir, même quand cela semble inutile, et ne rien sentir, même quand cela fait mal, veut dire que rien n'ira mieux.

Vingt ans à l'avant-poste

Le quatuor s'est construit en près de vingt ans, une discographie en mouvement et une vie de scène intensive, au carrefour du hardcore, du metal et du rock'n'roll, un croisement que le groupe revendique aujourd'hui avec plus d'assurance que jamais. Le nom même du disque, I Felt Nothing, interroge cet engourdissement qui guette quand les épreuves personnelles et le vacarme du monde finissent par servir d'anesthésiant. C'est peu dire que le groupe joue à contre-emploi : là où la lassitude menace, lui oppose la fureur.

L'histoire d'I Felt Nothing est aussi une histoire de maillage. Pour sortir le disque, If I Die Today a rassemblé une brochette de labels indépendants tenus par des amis : Poison Hearts, Tifone Crew, Vollmer Industries, Masseria Autogestita Foresta, Flames Don't Judge Records, L'Oltraggio Produzioni et Shove Records en co-production, avec le groupe à la manœuvre sur le pressage du vinyle, une première dans sa carrière. L'album a été produit et mixé par Dano Battocchio au Deepest Sea Studio, masterisé par Will Putney au Graphic Nature Studio, et habillé d'une pochette signée Alberto Becherini. Le line-up n'a pas bougé d'un pouce : Marco au chant, Morgan à la guitare, Andrea à la basse et Marco à la batterie.

On range volontiers ce disque dans le sillage de Converge, Every Time I Die, Zao, Old Man Gloom ou The Hope Conspiracy ; on le rangera surtout là où la violence a un usage. Assez fort pour raser un pâté de maisons, assez lourd pour faire tourner une machine à laver en pleine fosse, assez sombre pour sonner les âmes : l'infirmité, ici, n'est jamais une option. Le groupe le revendique lui-même, pensant cet album comme le plus authentique et le plus sincère qu'il ait jamais créé, une véritable histoire de famille, de celles qui ne s'inventent pas.

Un disque contre l'engourdissement

Tout I Felt Nothing semble écrit contre cette hypothèse : celle d'un monde qui, à force de frappes, finirait par nous rendre indifférents. Le titre lui-même est un constat, peut-être une provocation, sûrement un avertissement. Le quatuor y répond comme il sait faire, en haussant le ton, en multipliant les changements de cap, en refusant la monotonie comme on refuse l'anesthésie. On y hurle, on y chante, on y murmure même, et cette variété forcée est la véritable thèse du disque : sentir encore, en toutes circonstances, quitte à ce que cela fasse mal.

Le rendez-vous est donc pris pour ce 19 juin, jour de sortie officielle de l'album en co-production avec Tifone Crew, Vollmer, Flamesdontjudge, Shove Records, Poison Hearts, L'Oltraggio Produzioni et Masseria Autogestita. Le groupe, lui, résume l'affaire d'un mot simple dans son communiqué : il espère que les auditeurs prendront autant de plaisir à écouter ce disque que ses quatre auteurs en ont pris à le faire. Vingt ans après leurs premiers accords, If I Die Today ne demande qu'une chose : qu'on tende l'oreille. À en juger par la matière de ces onze titres, l'oreille, elle, aura du mal à rester neutre.

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