
Solstice : Agonanist annonce « The Spirit of Gravity », trois autres disques noirs datés
Le 21 juin, jour le plus long de l'année pour tout ce qui vit au nord du tropique du Cancer, a coïncidé cette année avec la fête des pères aux États-Unis, au Canada, au Mexique, au Royaume-Uni et en Irlande, une conjonction que le calendrier n'avait plus produite depuis 2021. Le soleil ne se couche presque pas sous les hautes latitudes ; c'est exactement le moment, pour les scènes les plus sombres, de sortir de l'ombre. Quatre disques noirs ou expérimentaux, tous dotés d'une date, d'un label ou d'un support défini, ont émergé ce week-end de solstice, et le plus abouti des quatre est sans discussion le deuxième album d'Agonanist.
Agonanist : la gravité selon Tyler Henthorn
Agonanist est le projet expérimental de Tyler Henthorn, artiste multidisciplinaire basé à San Francisco, présenté comme tel dans le communiqué qui accompagne l'annonce. Son deuxième album, The Spirit of Gravity, paraîtra le 28 août chez Transylvanian Recordings. Le nom du groupe est puisé dans la traduction anglaise d'une nouvelle du romancier de science-fiction polonais Stanisław Lem, dans laquelle une civilisation s'est ingénierée elle-même au point de devenir méconnaissable et où des robots ont fondé une religion monastique qui ne promet rien. Il fallait au moins Lem pour mériter un disque entier.
L'album a été produit à Hô Chi Minh-Ville et fait une large place aux invitations : on y croise le guitariste Andrew Lee, vu chez Ripped to Shreds, Colin Marston, passé par Krallice, Gorguts et Behold the Arctopus, et Kevin Paradis, batteur de Benighted et Svart Crown. L'instrumentation est entièrement microtonale : guitares, basse et claviers évoluent hors du tempéramment classique, la face A mélangeant les accordages 17ET et 12ET, la face B le 22ET. Transylvanian Recordings vend l'objet comme un black metal « sombre, hypnotique, dissonant et mystique », quelque part entre le rêve fiévreux et le cauchemar claustrophobique, « soniquement indiscipliné, rugueux et envoûtant », et le recommande aux auditeurs de Xasthur, Leviathan et Wormlust.
« Effacement », premier extrait
Le premier single, « Effacement », avait été révélé un peu plus tôt en vidéo. Dès les premières secondes, la batterie blast, les growls horrides, les hurlements vicieux et les cris déments explosent sur un riffing dense et des nappes de synthés qui brûlent sans cesser d'être sinistres. Dans les profondeurs, quelque chose d'immense ondule ; très haut, d'autres fréquences se contractent. Quand la batterie balance et que la basse pulse, les registres aigus se mettent à flamber comme des novae, puis quelques notes claires viennent danser dans l'abrasion, évoquant par instant le Drab Majesty de Los Angeles, avant que la chanson ne s'étende à nouveau, vaste, étrange, dangereuse et nuisible.
Le projet avait déjà publié un premier album, The Cynicism of Solitude, en 2020, l'année de l'épidémie, passé largement sous les radars.
Starer au chevet des malades
Le 15 juin, l'organisation mexicaine Music Fighting Cancer a publié sa troisième compilation, réunissant neuf groupes. Le principe : les dons sont reversés à des associations qui œuvrent à améliorer la qualité de vie des patients atteints du cancer et de leurs familles ; pour ce volume, ils passent par les organisations liées sur la page Bandcamp, la preuve de don ouvrant droit à un code de téléchargement.
La compilation s'ouvre sur « Consolations », un titre inédit de Starer, formation du Kentucky dont le musicien Josh Hines a signé ce morceau écrit pour soutenir l'effort de Music Fighting Cancer. Hines a expliqué à ses abonnés Bandcamp que ses deux parents sont des survivants du cancer, et il a puisé les paroles dans les Consolations de Sénèque. On pourrait s'attendre à une pièce douce ; elle est passionnée, à sa manière. La batterie file à une vitesse brûlante, de grandes vagues mélodiques symphoniques lavent le ciel du morceau entre angoisse et manque, des guitares vacillantes jettent des étincelles ; quand les vocaux éraillés prennent le relais, la batterie change de vitesse et la musique urge ; un chant solennel s'élève, la musique se fait plus panoramique, puis tout se dépouille et une guitare solitaire double la manifestation du deuil, avant que l'ensemble n'enfle de nouveau en procession, mené par un solo déchirant, avant de se rallumer une dernière fois.
Atmossomta et Incinitor, deux premiers EP
Chez The Centipede Abyss paraîtra le 9 juillet un EP éponyme, Atmossomta, collaboration entre Ben Vanweelden (Pillar Amongst Willows, Dandelion, Venomous Echoes) et Jared Moran (Ishimura, Vertebrae Fetish Totem, Ange de La Mort). La page Bandcamp du label promet « la certitude de l'évident, conviée par la jouissance de l'inconnu vibrant », et le label le recommande aux auditeurs de Blut Aus Nord, Aeviterne et Ulcerate. Quatre morceaux pour environ vingt-trois minutes, dont un final de huit minutes vingt d'une terreur incessante : l'ouverture de synthés de « Shrouds of Coffins » est sinistre et alien, des cris effrayants rôdent derrière les brumes sonores, puis l'assaut se déchaîne en guitares aiguës et dissonantes, basses tonitruantes, batterie changeante et gutturaux monstrueux ; les couches instrumentales tremblent, se tordent et se gondolent, et la musique donne volontiers le vertige.
Enfin Incinitor, projet solo, publie son premier EP, Black Invocation Conquest, cinq titres avalés en onze minutes, que Rennie, de starkweather, décrivait comme une « folie de black metal » comparable à « des blocs de cendres ardents dégringolant en tas », mêlant instrumentation agressive, atmosphère sombre et écriture intense nourrie de l'esprit du black et du death metal les plus bestiaux. Le projet détaille lui-même le titre : « Black » pour les ténèbres et le mystère, « Invocation » pour l'appel à la puissance intérieure et à l'intensité spirituelle, « Conquest » pour le triomphe à travers la lutte et la destruction. « Black Invocation » déploie un collage d'instruments qui semble tenu par les traditions javanaises, suivi de « Serpent Fire Dominion », basse colossale, batterie-mitraillette et riffing d'ouragan ; « Entity Death Rites » y ajoute une atmosphère plus funèbre et un versant symphonique marqué, tandis que « Chaos Through Eternal Desecration » sonne comme un chant fanatique. La pochette reprend un détail d'une peinture de 1890 du Vénézuélien Cristóbal Rojas Poleo, et un premier album est annoncé pour la fin de l'année. Quatre cartes de géographie, quatre façons d'habiter la nuit, et l'assurance que le solstice n'effraie personne.
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