
« Je n'ai pas d'idée » : Tobias Forge explique la pause de Ghost
Ghost pourrait déjà préparer l'après-Skeletá. Tobias Forge préfère ne rien faire. Après 70 concerts et quinze années passées à enchaîner albums et tournées, le musicien suédois assume une situation inédite : il n'a, pour l'instant, aucune idée assez forte pour lancer un nouveau disque.
S'arrêter plutôt que tourner à vide
Dans un entretien accordé au magazine britannique Kerrang!, Tobias Forge raconte avoir terminé la tournée Skeletour sans savoir, pour la première fois de sa carrière, quelle direction donner à Ghost. Sa réponse tient en une phrase : ne pas en inventer une seulement pour remplir le calendrier. « Je ne vais pas retourner faire un album ou me forcer à en faire un sans raison, explique-t-il. Il faut que j'aie envie de faire un disque. Il faut que j'aie quelque chose à dire. »
Forge précise que les précédents albums du groupe sont tous nés d'une vision et d'une envie précises, jamais d'une obligation de calendrier. Aujourd'hui, cette étincelle lui manque : « Je n'ai pas d'idée. » Il parle d'une pause « normale », sans nouvel album ni tournée actuellement au programme. Il avait déjà exprimé, à l'issue de la tournée précédente, son besoin de ralentir après quinze années d'activité soutenue ; cette fois, il va plus loin : la machine ne repartira pas simplement parce qu'elle le peut.
Soixante-dix concerts, un an d'épuisement
Le besoin de couper est aussi physique. Achevée le 23 février à Los Angeles, la Skeletour aura compté 70 concerts en dix mois, entre l'Europe et l'Amérique du Nord, Mexique compris. Tobias Forge se dit épuisé, mais satisfait de refermer ce chapitre sur un spectacle qu'il considère comme l'une des réalisations les plus abouties de Ghost : « Si ça devait s'arrêter là, j'en serais franchement très heureux. » Une déclaration à prendre pour ce qu'elle est — la fierté d'un cycle achevé — plutôt que comme une annonce de séparation.
Sans téléphones, jusqu'au bout
Ce chapitre se referme avec 2 Big To Rig, un nouveau film live tourné en 16 mm lors de deux concerts à guichets fermés au Palacio de los Deportes de Mexico. Près de 40 000 spectateurs ont assisté à ces deux soirées, qui constituent les seules images professionnelles captées durant cette tournée sans téléphones — une politique que le groupe avait déjà défendue publiquement plus tôt cette année, expliquant que l'absence d'écrans dans le public changeait profondément l'intensité des concerts. Ghost en avait dévoilé un premier extrait avec le titre « Umbra (Live In Mexico City) ».
Quinze ans de messes en habit de circonstance
Fondé en 2008 à Linköping, en Suède, autour du concept d'un chanteur masqué incarnant tour à tour différents papes de l'Église de Ghost — de Papa Emeritus à l'actuel Papa V Perpetua —, Ghost s'est construit patiemment un statut à part dans le paysage metal contemporain, entre théâtralité horrifique et écriture pop imparable. Récompensé d'un Grammy Award de la meilleure prestation metal pour « Cirice » en 2016, le groupe a vu sa popularité grimper d'album en album, de « Meliora » à « Prequelle », jusqu'à « Skeletá », sorti en 2025, qui l'a installé au sommet des ventes : l'album avait débuté numéro un du Billboard 200, avec environ 86 000 unités équivalent-album vendues aux États-Unis — une première pour un disque de hard rock depuis « Power Up » d'AC/DC en 2020.
Une pause, pas un point final
Le message envoyé par Tobias Forge tranche avec les usages habituels de l'industrie, où l'enchaînement album- tournée-album est souvent présenté comme une nécessité commerciale plutôt qu'artistique. En choisissant de ne rien annoncer plutôt que d'annoncer un projet dicté par le calendrier, Ghost s'offre le luxe, rare pour un groupe de cette envergure, de laisser sa prochaine étape totalement ouverte. Pour l'heure, aucune date de retour sur scène ni de nouvel enregistrement n'est évoquée — et c'est précisément le point.
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