Gallows ressort Orchestra of Wolves et Grey Britain, sans réunion avec Frank Carter

Gallows ressort Orchestra of Wolves et Grey Britain, sans réunion avec Frank Carter

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Le suspense aura tenu quelques jours, pas davantage. En sème de publications énigmatiques sur les réseaux sociaux, reprenant des images de leur passé, Gallows avait fait naître une rumeur tenace : celle d'un retour du chanteur Frank Carter, parti bien des années après avoir posé sa voix sur les deux disques les plus marquants du groupe. Et si la bande londonienne remontait sur scène avec son frontman d'origine ? C'est raté, et c'est voulu. Ce mardi 8 septembre, le quintette a levé le voile sur la véritable raison de ce battage : deux rééditions remasterisées de ses deux premiers albums, Orchestra Of Wolves et Grey Britain, attendues toutes les deux le 6 novembre. La légende qui accompagne l'annonce sur les réseaux sociaux dit tout, en trois mots secs : « Not a reunion. Not a coincidence. » Pas une réunion, pas un hasard.

Pas une réunion, pas un hasard

Il faut lire la formule deux fois pour en saisir toute l'ironie. En se servant de leur propre histoire comme appât, Gallows savait ce qu'ils faisaient : le retour de Frank Carter au sein de la formation, fût-il un jour d'actualité, se rêve plus vite qu'il ne s'organise. En choisissant de détourner la spéculation vers un objet éditorial concret — des disques remis à neuf — le groupe tue deux choses d'un coup : la rumeur, et l'idée que son patrimoine ne méritait qu'un coup d'œil rétrospectif. Les précommandes des deux albums sont ouvertes sur bloodykingdom.com, et la campagne de réédition se veut, à l'évidence, un geste de réappropriation plutôt qu'un simple exercice de nostalgie.

Car il y avait de la matière à réhabiliter. Quand Orchestra Of Wolves est arrivé, Gallows n'était encore qu'un groupe de hardcore vénéneux, sorti de nulle part, qui chantait la nuit londonienne avec une hargne que peu de formations de l'époque osaient afficher. Quand Grey Britain a suivi, le groupe s'était lancé dans quelque chose de plus vaste et de plus dangereux : une fresque sociale sombre, structurée, qui a fini par déchirer ceux qui l'avaient créée. Entre les deux, il y a toute l'histoire d'un groupe qui a brûlé vite et fort — et dont l'œuvre commune méritait mieux que d'être reléguée aux anales du streaming.

Dix-neuf titres sur le premier

La nouvelle version d'Orchestra Of Wolves est généreuse : dix-neuf titres, contre treize sur l'édition initiale, soit une poignée de faces B et de reprises qui retrouvent ici une place qu'elles avaient presque perdue. La liste des morceaux se lit comme un manifeste du hardcore britannique des années 2000, avec ses titres courts, violents et parfaitement interdits d'antenne :

01 – « Kill The Rhythm » 02 – « Come Friendly Bombs » 03 – « Abandon Ship » 04 – « In The Belly Of A Shark » 05 – « Six Years » 06 – « Rolling With The Punches » 07 – « Last Fight For The Living Dead » 08 – « Just Because You Sleep Next To Me Doesn't Mean You're Safe » 09 – « Will Someone Shoot That Fucking Snake » 10 – « Stay Cold » 11 – « I Promise This Won't Hurt » 12 – « Orchestra Of Wolves » 13 – « Staring At The Rudebois » (reprise de The Ruts, avec Lethal Bizzle) 14 – « Sick Of Feeling Sick » 15 – « Black Heart Queen » 16 – « Gold Dust » 17 – « Nervous Breakdown » (reprise de Black Flag) 18 – « If Credit's What Matters I'll Take Credit » (reprise de Hot Snakes) 19 – « Wrathchild » (reprise d'Iron Maiden)

On y retrouve les reprises qui avaient fait sourire à l'époque : un détour par The Ruts accueilli par le rappeur Lethal Bizzle, un clin d'œil au punk californien de Black Flag et de Hot Snakes, et surtout une version de « Wrathchild », jetée là par un groupe de hardcore londonien qui n'avait visiblement pas peur de frapper à la porte du heavy metal le plus classique.

Treize titres sur le second

Grey Britain, lui, garde sa structure d'origine : treize titres, pas un de plus, et un arc qui se lit encore dans la seule succession des pistes. Le disque s'ouvre sur « The Riverbank », traverse tout ce que la Grande-Bretagne a de plus hostile — « London Is The Reason », « Death Voices », « The Great Forgiver » — et se referme sur « The Riverbed », comme si le fleuve entamé au début n'avait jamais trouvé d'embouchure. Entre les deux : « The Vulture (Acts I & II) », découpé en deux actes, et une poignée de titres qui ont fini par définir le son du groupe au pluriel.

01 – « The Riverbank » 02 – « London Is The Reason » 03 – « Leeches » 04 – « Black Eyes » 05 – « I Dread The Night » 06 – « Death Voices » 07 – « The Vulture (Acts I & II) » 08 – « The Riverbed » 09 – « The Great Forgiver » 10 – « Graves » 11 – « Queensberry Rules » 12 – « Misery » 13 – « Crucifucks »

Et Carter dans tout ça ?

Reste la question que tout le monde pose, et que le groupe répond par anticipation. Le trio de mots qui accompagne l'annonce, « Not a reunion. Not a coincidence. », est aussi un rappel à l'ordre : ces rééditions ne sont pas un tremplin vers quoi que ce soit. Frank Carter est un ancien chanteur, pas un invité de la campagne — les deux albums qu'il a enregistrés avec Gallows reviennent en librairie le 6 novembre, remasterisés, mais sans promesse cachée derrière. Ceux qui espéraient une photo de famille devront se contenter d'écouter à nouveau Orchestra Of Wolves du début à la fin, ce qui n'est déjà pas une si mauvaise affaire.

Il y a quelque chose de sain dans cette opération. Plutôt que de laisser leurs deux premiers disques se transformer en objets de collection introuvables, Gallows les remettent en circulation avec une saine honnêteté, sans les maquiller en événement plus gros qu'ils ne sont. Le hardcore est une musique de l'ici et maintenant, mais ses classiques méritent d'être réécoutés avec des oreilles neuves — et si la campagne veut dire quelque chose, c'est que le groupe n'a pas fini d'écrire son histoire. Pas une réunion. Pas un hasard. Mais pas un simple retour en arrière non plus.

Une campagne à écouter dans l'ordre

Une dernière chose mérite d'être soulignée : le calendrier. Le 6 novembre, les deux albums sortiront le même jour, et rien ne semble avoir été laissé au hasard dans cette simultanéité. Écouter Orchestra Of Wolves et Grey Britain à la suite, comme le permettent désormais ces nouvelles versions remasterisées, c'est suivre en temps réel la transformation d'un groupe : les dix-neuf titres du premier débités à l'assaut, les treize du second bâtis comme un édifice. Entre les deux, il y a la même voix — celle de Frank Carter — mais plus le même monde. C'est précisément cette trajectoire, du cercle de lutte aux fresques d'une nation malade, que ces rééditions remettent en évidence.

Pour les nostalgiques comme pour ceux qui n'avaient pas connu l'époque, le dossier est désormais complet, remasterisé et prêt à être réexploré. Les précommandes sont ouvertes, la date est fixée, et la rumeur, elle, a trouvé son tombeau : dans un trio de mots qui vaut toutes les déclarations officielles.

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