
Chimaira exhume The Age of Hell : un coffret d'anniversaire généreux quinze ans après
Quinze ans, ça se fête — surtout quand l'album en question n'avait rien d'une sinécure à enregistrer. Chimaira vient d'annoncer une édition de luxe de The Age Of Hell, son avant-dernier album studio, paru en 2011, dans un coffret qui célèbre le quinzième anniversaire du disque avec un générosité qui trahit l'attachement du groupe à cette période trouble de son histoire. Au programme : un documentaire de 51 minutes, un EP bonus de huit démos inédites, un remasterage intégral, et une petite collection d'objets qui feront le bonheur des collectionneurs de la scène de Cleveland. Le tout est attendu aux alentours du 30 novembre.
Un coffret qui pense à tout
Le détail du contenu donne le ton de l'exercice. Ce coffret premium embarque un laminate réplique de celui du cycle de tournée de l'album, une clé USB en forme de balle — bullet USB — contenant les versions numériques de l'album, un documentaire de 51 minutes, des photos inédites, un fond d'écran, et surtout un EP bonus intitulé The Lost Word, qui réunit huit démas jamais sortis et qui se trouve également inclus sur vinyle violet dans ce nouvel ensemble. La panoplie se complète d'un écusson tissé Year Of The Snake, d'un slipmat sigil et d'un sticker en papier foil frappé d'une étoile du chaos.
Les précommandes du coffret et du merchandising associé sont ouvertes dès maintenant sur chimaira.com. Ceux qui préfèrent le vinyle sans passer par le coffret ne sont pas oubliés : des pressages 2-LP distincts sont également proposés, en plusieurs variantes en édition limitée. Et une précision de taille pour les amateurs de plateaux bien remplis : les deux titres bonus de l'édition spéciale d'origine, « Scum Of The Earth » et « Your Days Are Numbered », figurent désormais au programme — et pour la première fois sur vinyle. Quant au disque lui-même, il a été spécialement remasterisé pour cette publication, ce qui donne une bonne raison de réécouter un album dont on connaît l'histoire compliquée.
« Le son du fait de tenir »
Car The Age Of Hell n'est pas un disque comme les autres dans la discographie de Chimaira. Il est arrivé après le départ de plusieurs membres du noyau classique du groupe, à un moment où l'existence même de la formation se posait en termes existentiels. Le chanteur Mark Hunter s'en explique dans un mot qui accompagne l'annonce, sans détour et sans excuse : « Au moment où The Age of Hell est sorti, Chimaira était déjà en train de se désosser. On s'est disputé pendant des années pour savoir si c'était un retour à la forme, et si c'était seulement vraiment un album de Chimaira — et les deux camps avaient des arguments. On l'a terminé quand même, en puisant dans tout ce qu'on avait, parce qu'aucun de nous ne savait s'il y en aurait un autre. Je ne me suis jamais excusé pour cet album. Il est exactement ce qu'il est : le son du fait de tenir. »
Et de conclure, quinze ans plus tard : « Merci à tous ceux qui y ont trouvé quelque chose, qui l'ont défendu, qui l'ont détesté, ou qui ont tenu assez à ce disque pour continuer d'en débattre. Celui-ci est toujours pour vous. »
Un disque dans la tourmente
Ceux qui ont suivi Chimaira se souviennent de ce que cette période représentait pour le groupe : une formation qui se vidait de ses piliers, un environnement de travail qui se dérobait sous leurs pieds, et un album à livrer malgré tout. The Age Of Hell est le produit de ce chaos assumé, et c'est sans doute ce qui explique qu'il ait divisé aussi durablement son public. Mark Hunter a raison de parler de débat : entre ceux qui y voient un disque de sursaut et ceux qui l'ont toujours écarté du canon du groupe, la discussion n'a jamais vraiment cessé — et la publication de ce coffret, quinze ans après, montre à quel point l'album compte encore pour ceux qui l'ont fait survivre.
Le documentaire de 51 minutes devrait d'ailleurs éclairer une bonne partie de ce qui s'est joué dans l'ombre pendant ces sessions. Quant aux huit démos inédites de The Lost Word, elles offrent un accès brut à ce que le groupe était en train d'inventer à l'époque, avant la touche finale du studio. C'est le genre de matériau que les formations attendent parfois des décennies avant d'abandonner aux archives ; Chimaira le sort ici en même temps que le remasterage officiel, comme si le groupe avait décidé de remettre l'album complet dans son contexte, sans fard ni maquillage.
Et ce n'est que le début
Autre information glissée au passage : la campagne de rééditions de Chimaira ne s'arrêtera pas là. Mark Hunter a en effet confirmé que le vinyle de The Impossibility Of Reason, l'album de 2003 du groupe, est le prochain sur la liste — une bonne nouvelle pour les collectionneurs qui voient la discographie classique de la formation de Cleveland revenir progressivement en physique, pièce par pièce. Entre le coffret d'anniversaire de The Age Of Hell et ce vinyle à venir, le patrimoine de Chimaira est en train d'être remis à plat avec un soin qui en dit long sur l'estime que le groupe porte à son propre héritage.
Le 30 novembre, tout cela sera entre les mains de ceux qui auront précommandé. Pour le reste du public, il restera l'essentiel : réécouter The Age Of Hell, ce « son du fait de tenir » dont le chanteur ne s'est jamais excusé, et se faire une opinion — quinze ans après, le débat est toujours ouvert.
L'art de l'objet
Dernier mot sur la forme choisie. Ce coffret s'inscrit dans une série d'objets dont le métal, et le métal américain en particulier, a fait un territoire d'expression à part entière : la clé USB en forme de balle, l'écusson Year Of The Snake, le slipmat sigil et l'étoile du chaos ne sont pas des gadgets décoratifs, mais les prolongements graphiques de l'album lui-même, dont l'imagerie s'appuyait déjà sur ces symboles. Chimaira propose ici bien plus qu'un disque réédité : une extension matérielle de l'univers de The Age Of Hell, pensée pour ceux qui le vivent comme un objet de culte plutôt que comme une liste de morceaux.
Il y a aussi, dans cette opération, une leçon sur la manière dont un groupe peut administrer son propre héritage. Plutôt que de laisser le streaming aplatir The Age Of Hell dans un catalogue sans contexte, Chimaira en restituent les coulisses, les démos, les débats et les blessures — avec le mot de leur chanteur en tête de gondole, qui ne demande à personne de réhabiliter le disque, mais rappelle simplement ce qu'il a coûté et ce qu'il a sauvé. Quinze ans après, c'est exactement ce qu'il fallait.
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