Conrad « Cronos » Lant, chanteur et bassiste de Venom, est mort à 63 ans

Conrad « Cronos » Lant, chanteur et bassiste de Venom, est mort à 63 ans

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La voix et la basse de Venom se sont tues. Conrad « Cronos » Lant est mort à l'âge de 63 ans, a annoncé le groupe le jeudi 1er octobre sur ses réseaux sociaux officiels, sans préciser la cause du décès. Avec Mantas et Abaddon, il avait posé à Newcastle, au tournant des années 1980, quelques-unes des fondations les plus solides du metal extrême, au point de donner son nom au black metal.

« Des cœurs brisés »

C'est par un message intitulé « In Memoriam » que Venom a annoncé la nouvelle, avec « une profonde tristesse » et « le cœur brisé ». Le texte rappelle que, pendant plus de quatre décennies, la voix, la basse et la vision de Conrad « Cronos » Lant ont été au cœur du groupe, des premiers grondements de Welcome to Hell jusqu'à Black Metal, At War With Satan, Possessed et au-delà. Venom, poursuit le message, n'a jamais suivi les règles, et lui se trouvait au centre de tout, « intransigeant, intrépide, inimitable ».

Le communiqué s'adresse aussi aux « Legions », le nom que le groupe donne depuis toujours à ses fans : à tous ceux qui ont acheté les disques, porté les t-shirts et entretenu la flamme, le musicien était, dit-il, reconnaissant de leur fidélité. Son fils, Nathan, a ajouté quelques mots pour remercier ces mêmes Legions du soutien apporté à son père, avant de conclure que « la légende de Cronos ne mourra jamais ».

Mantas : « nous avons changé l'histoire du metal »

Quelques heures plus tard, Mantas — Jeff Dunn, guitariste du line-up originel — a publié son propre hommage. Il dit parler aussi au nom d'Abaddon, le batteur Tony Bray, avec qui il s'est entretenu dans la journée. Malgré l'histoire « turbulente » du groupe, écrit-il, ce sont eux trois qui ont lancé quelque chose de « si spécial » et qui ont changé la direction et l'histoire du metal tel qu'on le connaît.

Le guitariste précise qu'ils avaient appris la nouvelle deux jours plus tôt, mais qu'ils s'étaient tus par respect pour la volonté de la famille. Ce dont il se souvient, dit-il, c'est de l'amitié des débuts, de cet esprit « un pour tous, tous pour un », de ce côté rebelle et de cette envie farouche d'être différents, que le public suive ou non. Il évoque de vieilles vidéos où l'on voit les trois musiciens rire pour rien — leur sens de l'humour, concède-t-il, était « un goût qui s'acquiert » — avant de reconnaître que, malgré les disputes, les insultes, les hauts et les bas et le fonctionnement « dysfonctionnel » du groupe, la nouvelle « frappe fort ». Il promet de reprendre la parole dans les jours qui viennent.

Ces mots pèsent d'autant plus que les trois hommes ne jouaient plus ensemble depuis longtemps, et que leurs rapports étaient publiquement conflictuels. Que Mantas prenne soin de parler aussi pour Abaddon, avec qui le chanteur était encore en litige il y a peu, dit quelque chose de la place que ce trio garde dans l'histoire du metal, au-delà de ce qui l'a séparé.

Le trio de Newcastle

Formé à Newcastle en 1978, Venom trouve sa forme classique avec Conrad « Cronos » Lant, arrivé à la fin de l'année 1979 selon son propre témoignage devant un tribunal, Mantas et Abaddon. Ce trio enregistre quatre albums studio : Welcome to Hell (1981), Black Metal (1982), At War With Satan (1984) et Possessed (1985), auxquels s'ajoute l'album live Eine kleine Nachtmusik (1986).

Le deuxième disque a fait plus que marquer son époque : il a donné son nom à un genre entier. L'imagerie satanique assumée, l'outrance du personnage et un son volontairement brut ont fait de Venom une référence pour des groupes aussi différents que Metallica, Celtic Frost, Mayhem ou Behemoth, qui le citent régulièrement parmi leurs influences.

Le magazine britannique Kerrang! le rappelait dans sa nécrologie : à une époque où la plupart des groupes se défendaient de toute accointance avec l'occultisme, Venom a fait exactement l'inverse et en a fait une identité. Les boucs, les pentagrammes et les croix inversées des pochettes, que l'on retrouve aujourd'hui sur des milliers de t-shirts, sortaient en bonne partie des carnets de Conrad « Cronos » Lant — un point qu'un tribunal a fini par trancher, on y revient plus bas.

Trois Venom pour un seul nom

L'histoire du groupe n'a rien eu de linéaire. Entre 1989 et 1992, c'est Tony « Demolition Man » Dolan qui tient le chant, sur Prime Evil (1989), Temples of Ice (1991) et The Waste Lands (1992). Il dirige aujourd'hui Venom Inc., l'une des trois formations qui se partageaient jusqu'ici le nom sur scène. La deuxième réunit Mantas et Abaddon, qui avaient annoncé célébrer cette année les 45 ans de Welcome to Hell sur plusieurs festivals. La troisième était celle de Conrad « Cronos » Lant, seul membre de l'époque classique encore présent, entouré du guitariste Rage (Stuart Dixon) et du batteur Danté (Danny Needham).

Ces divisions sont allées jusqu'au tribunal. En juin 2024, le chanteur avait attaqué Abaddon et le distributeur Plastic Head, qu'il accusait de vendre du merchandising reprenant des visuels dont il revendiquait les droits. Selon le site juridique Law360, cité par la presse spécialisée, le tribunal a reconnu à Tony Bray la propriété du logo original, et à Conrad « Cronos » Lant la paternité de presque tous les autres visuels en litige — boucs, pentagrammes et croix inversées compris — parce qu'il avait pu produire les croquis de leur conception.

Un dernier album sorti en mai

Son dernier disque avec Venom est récent : Into Oblivion, seizième album studio du groupe, est sorti en mai chez Noise/BMG. C'étaient ses premiers enregistrements inédits depuis Storm the Gates, en 2018, et le signe d'un groupe encore actif, loin de la simple exploitation d'un catalogue.

Plusieurs questions restent ouvertes. La date exacte du décès n'a pas été rendue publique ; d'après le message de Mantas, la nouvelle circulait dans le cercle du groupe depuis le début de la semaine. Aucun élément n'a été communiqué sur l'avenir de cette formation ni sur d'éventuels hommages à venir. Les obsèques et la cause du décès relèvent, pour l'instant, de la seule famille.

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