
TANZNEID
Quatre ans après Tekkno, l'album qui a fait basculer Electric Callboy des petites salles aux arènes, le sextuor de Castrop-Rauxel revient avec Tanzneid — littéralement l'envie de danser, ou plus exactement cette pointe de jalousie qu'on ressent devant quelqu'un qui danse mieux que soi. Le titre résume assez bien le programme : un disque qui ne cherche jamais à choisir entre le club et la fosse, et qui assume, une fois de plus, être à la fois le disque le plus fun et le plus lourd que le groupe pouvait concevoir.
Sur le papier, la recette n'a pas changé d'un iota depuis Tekkno : des synthés acides et des drops de rave collés à des riffs de metalcore, la voix claire de Kevin Ratajczak qui répond aux growls de Nico Sallach, et une science du refrain qui frôle l'écriture pop pure. Le morceau-titre ouvre le bal sans surprise mais sans faiblesse, et sert surtout de carte de visite à Frank Zummo, désormais batteur officiel du groupe après des années de featuring — une bascule qui se sent, le jeu de batterie ayant gagné en assise sans jamais perdre l'énergie électro qui fait la marque de fabrique du groupe.
La vraie curiosité du disque, ce sont ses invités, qu'Electric Callboy a l'intelligence de ne jamais transformer en simple argument marketing. Sur Ratatata, les Japonaises de Babymetal apportent leurs harmonies suraiguës à un morceau qui part dans tous les sens — pop bondissante, guitares en tremolo picking, refrain kawaii — sans jamais donner l'impression d'un featuring de circonstance : c'est un vrai morceau des deux groupes à la fois. Let The Good Times Roll, avec Dexter Holland (The Offspring) au micro, joue la carte de l'hommage sincère au pop-punk des années 90, clins d'œil textuels compris, et rappelle qu'Electric Callboy sait aussi écrire des morceaux qui tiennent sans artifice électronique. Le clin d'œil le plus culotté reste The Way You Are, qui démarre en pastiche de ballade boys band fin de siècle avant de se retourner complètement — le genre de blague que seul un groupe aussi sûr de son identité peut se permettre sans passer pour un sketch.
On regrettera en revanche que l'effet de surprise, justement, se soit largement dissipé avant même la sortie du disque : avec Tanzneid, Ratatata, Hypercharged (recyclé en thème officiel d'un personnage du jeu mobile Brawl Stars), Elevator Operator, Heartclub ou encore la reprise de Sum 41 Still Waiting déjà distillés en singles sur près de deux ans, l'album ressemble par moments davantage à une compilation qu'à un vrai objet à découvrir d'une traite. Les morceaux inédits — The Savior, Revery en clôture, plus sobre et presque mélancolique pour la formation — sont d'ailleurs ceux qui donnent le plus envie d'appuyer sur repeat, précisément parce qu'on ne les connaît pas déjà par cœur. Les quatre remix bonus signés Sullivan King, Paolo Ferrara et Paul Elstak, crédités sous l'alter ego club du groupe Electric Bassboy, confirment surtout qu'Electric Callboy a depuis longtemps un pied hors du metal, sans jamais vraiment le quitter non plus.
Tanzneid n'a donc rien d'un album de la maturité qui viendrait bousculer la formule : c'est une suite assumée, plus grosse, plus produite, avec des invités mieux choisis que jamais, mais qui souffre un peu de sa propre stratégie promotionnelle. Les fans qui ont suivi chaque single depuis deux ans y trouveront la confirmation qu'Electric Callboy reste la meilleure fête du metal européen ; ceux qui découvrent le disque d'une traite y trouveront surtout la preuve qu'on peut être généreux jusqu'à l'excès.
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