Montez le son, lâchez prise et dansez comme si personne ne vous regardait. Voilà, en une phrase, le programme d’Electric Callboy — un groupe allemand qui a décidé, quelque part entre le metalcore et l’eurodance, que la musique lourde n’avait aucune raison de se prendre au sérieux. Ce faisant, ils ont inventé quelque chose que personne ne savait qu’ils attendaient : une scène de festival où les pit walls cohabitent avec les bras levés en l’air et où les guitares saturées se fondent dans des synthés de rave à 4h du matin.
De Castrop-Rauxel au sommet des charts allemands
Electric Callboy se forme en 2010 à Castrop-Rauxel, dans la Ruhr — une ville ouvrière allemande qui n’est pas exactement connue pour son glamour, mais qui semble avoir produit le groupe le plus dansant du metal européen. Sous le nom d’Eskimo Callboy, la formation publie un premier EP autoproduit distribué via EMP, avant de signer chez Redfield Records pour leur premier album, Bury Me in Vegas (2012). La machine est lancée : tournées en Allemagne et Autriche, puis au Japon, en Chine et en Russie. En 2013, le groupe remporte l’Up and Coming Award aux German Metal Hammer Awards à Berlin.
Les albums s’enchaînent — We Are the Mess (2014), Crystals (2015), The Scene (2017), Rehab (2019) — et le groupe s’impose progressivement comme une présence incontournable de la scène electronicore européenne, tout en assurant les premières parties de Papa Roach, Five Finger Death Punch, Asking Alexandria ou The Devil Wears Prada.
Hypa Hypa et le grand tournant
Février 2020 : le chanteur Sebastian « Sushi » Biesler annonce son départ pour lancer son propre projet, Ghostkid. Quelques mois plus tard, Nico Sallach — ancien chanteur de To the Rats and Wolves — est recruté comme nouveau frontman. La transition aurait pu être douloureuse. Elle se révèle catalytique.
En septembre 2020, le groupe sort l’EP MMXX avec le single Hypa Hypa — et quelque chose se passe qu’on ne voit pas venir. La chanson fait le tour d’internet, envahit TikTok, devient virale bien au-delà des cercles metal habituels. Ses synthés eurodance assumés, son refrain impossible à sortir de la tête et son clip décomplexé capturent quelque chose de l’époque — une envie de légèreté, d’absurde, de fête, au cœur d’une pandémie qui a tout fermé. La blague est devenue un phénomène.
Fin 2021, le groupe retire de toutes les plateformes une sélection de leurs anciens titres aux paroles devenues problématiques. En mars 2022, ils changent officiellement de nom — Eskimo étant un terme considéré comme offensant envers les peuples Inuit et Yupik — et deviennent Electric Callboy. Un nouveau nom, une nouvelle identité visuelle, et un son qui embrasse pleinement ce que Hypa Hypa avait esquissé.
Tekkno : numéro un en Allemagne
Tekkno, sorti le 16 septembre 2022, est leur premier album sous leur nouveau nom — et leur plus grand succès commercial à ce jour. L’album débute à la première place du classement des albums allemands, leur meilleure position dans les charts de toute leur carrière. Partis pour une scène metal de niche, Electric Callboy se retrouve en haut des charts d’un pays de 84 millions d’habitants. Le pari de la légèreté assumée est gagné.
L’album réunit tout ce qui fait leur ADN renouvelé : des riffs de guitare qui mordent, des synthés qui pulsent, des lignes vocales partagées entre Kevin Ratajczak et Nico Sallach, et des paroles qui parlent de fêtes, d’alcool, de danse et de déglingue avec une ironie totalement désarmante.
Ratatata avec Babymetal, le WWE et l’ère des collaborations
Le 23 mai 2024, le groupe sort le single Ratatata en collaboration avec le groupe de metal japonais Babymetal — titre utilisé par la WWE comme thème de l’événement Bash in Berlin 2024. La rencontre entre l’electronicore allemand et le kawaii metal japonais est aussi improbable que parfaite — deux esthétiques maximalistes et décomplexées qui se reconnaissent dans la même philosophie du spectacle.
2025 voit la sortie de Revery et de Tanzneid, qui annoncent la Tanzneid World Tour 2025-2026 — une tournée mondiale qui les amène notamment à la LDLC Arena de Décines-Charpieu en janvier 2026. L’album Tanzneid est décrit par le groupe lui-même comme taillé pour le live. En avril 2026, un nouveau single intitulé Hypercharged — co-écrit avec le jeu vidéo Brawl Stars — confirme que les frontières entre music, gaming et culture pop n’existent tout simplement pas pour eux.
Ce que Electric Callboy dit de son époque
Electric Callboy ne prétend pas faire de l’art avec un grand A. Ils font de la musique pour que les gens sautent, dansent, crient et rentrent chez eux avec les jambes en coton et le sourire aux lèvres. Dans un paysage metal qui se prend parfois trop au sérieux, leur existence est un rappel salutaire : la légèreté est aussi une forme de courage.









