Romance

Romance

Fontaines D.C.

11 titres, 37:00

Après trois albums chez Partisan Records et un Brit Award du meilleur groupe international décroché avec Skinty Fia, Fontaines D.C. change tout : de label, d'abord, en rejoignant XL Recordings ; de studio, ensuite, en posant ses valises à La Frette en France puis aux Church Studios de Londres ; et surtout de méthode. Le groupe qui s'interdisait jusque-là d'enregistrer ce qu'il ne pouvait pas rejouer tel quel sur scène s'en affranchit enfin. Grian Chatten ira jusqu'à dire que Romance ressemble à leur premier vrai disque de studio — un aveu qui, venant d'un groupe déjà quatre fois primé, vaut son pesant de mots.

Le morceau-titre ouvre le bal en à peine deux minutes trente, comme un sas plutôt qu'un titre : une respiration électronique avant que « Starburster », premier single et sommet de l'album, ne fasse basculer le disque dans autre chose. Débit haché entre les couplets et refrain suspendu, production qui doit autant à Korn qu'à la pop la plus large, le morceau capture ce que Romance cherche du début à la fin : rester profondément Fontaines D.C. — la voix de Chatten, l'écriture habitée — tout en s'autorisant des sons que le groupe n'aurait pas touchés auparavant. On y sent l'empreinte des goûts de chacun, Massive Attack et Portishead du côté de Conor Curley, Deftones et Alice in Chains du côté de Carlos O'Connell, quand Tom Coll ramène des réflexes hip-hop glanés en travaillant sur le disque de Kneecap.

L'album abandonne aussi l'obsession irlandaise qui charpentait les trois précédents pour une géographie plus flottante, presque science-fictive. « In the Modern World », le titre le plus ample du disque, mélange anxiété climatique et actualité géopolitique — Chatten cite Gaza autant que le film Akira — sans jamais verser dans le discours plaqué : ça reste une chanson, avec un refrain qui tient. « Here's the Thing », née d'une dispute entre Chatten et O'Connell, et « Bug » gardent le nerf post-punk des débuts, quand « Horseness Is the Whatness », signée par O'Connell et empruntant son titre à l'Ulysse de James Joyce, prouve que la dimension littéraire du groupe n'a rien perdu de sa présence, même diluée dans un revirement de son général. « Death Kink » referme la parenthèse la plus brutale du disque avant que « Favourite », en clôture, ne fasse coup double : c'est le titre le plus ouvertement pop du groupe à ce jour, et son plus poignant — Shaun Curran, dans Record Collector, le comparait à du shoegaze qui croiserait The Cure, ce qui n'est pas usurpé.

Ce qui frappe, à l'écoute complète, c'est la cohérence d'un disque qui aurait pu se disperser : trente-sept minutes, onze titres, aucun ne dépasse quatre minutes trente, et pourtant l'impression d'un geste ample, presque cinématographique — les références que cite le groupe, de Sunset Boulevard à Wings of Desire, ne sont pas un hasard de communiqué de presse, elles s'entendent dans la manière dont chaque morceau construit une scène plutôt qu'un simple refrain. La presse ne s'y est pas trompée : cinq étoiles chez The Guardian et NME, deux nominations aux Grammy Awards 2025, une sélection au Mercury Prize, et des ventes au Royaume-Uni deux fois supérieures à celles de Skinty Fia — la preuve qu'un virage aussi net pouvait se faire sans perdre personne en route.

Romance n'est donc pas le disque de la rupture qu'on pouvait redouter en changeant de label, mais celui d'un groupe qui a enfin les moyens sonores de son ambition littéraire. Il referme un cycle avant l'entrée, cet automne, dans une tout autre pièce — celle, plus sombre, de Dopamine Chamber.

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