Aerial Ruin est le projet solo de folk sombre du guitariste et chanteur américain Erik Moggridge, basé à Portland, dans l’Oregon. Depuis le début des années 2000, Moggridge développe sous ce nom une musique acoustique intimiste et profondément mélancolique, quelque part entre le dark folk, la folk acoustique traditionnelle et l’atmosphère des cercles les plus contemplatifs du metal doom. Discret mais hautement respecté dans les milieux de la musique underground, il est également connu pour ses collaborations étroites avec le groupe de doom métal Bell Witch.
Un musicien aux racines metal
Avant d’explorer les territoires apaisés et obscurs du folk acoustique, Erik Moggridge a forgé ses premières armes dans la scène metal de la Bay Area, en Californie. Il est l’un des membres fondateurs d’Epidemic, groupe de thrash/death metal qui, dans les années 1980 et au début des années 1990, s’est fait remarquer dans le circuit underground grâce à des démos qui circulaient sur cassettes. La formation a finalement signé sur Metal Blade Records et publié deux albums au cours de la première moitié des années 1990, avant de se séparer.
Plus tard, Moggridge fonde Old Grandad aux côtés de Will Carroll — qui rejoindra ensuite Death Angel — et de Max Barnett, ancien bassiste de Hammers of Misfortune. Ce groupe constitue une sorte de transition entre le metal lourd de ses débuts et l’exploration plus personnelle qu’il entreprendra sous le nom d’Aerial Ruin.
La naissance d’Aerial Ruin
Aerial Ruin prend forme dans les premières années du XXIe siècle, mais son premier album longue durée, Valleys of the Earth, n’est publié qu’en 2011. Cette lente maturation reflète bien la nature du projet : une musique qui ne cherche pas à s’imposer, mais à exister dans sa propre temporalité, à son propre rythme. Les enregistrements d’Aerial Ruin sont presque toujours réalisés dans un contexte acoustique et minimaliste, avec la voix et la guitare en premier plan, laissant l’espace et le silence jouer leur rôle.
Le style vocal de Moggridge est l’une des marques distinctives du projet. Sa voix grave et chargée d’émotion confère aux chansons une qualité hypnotique, entre la complainte folk traditionnelle et les incantations méditatives. Les paroles explorent des thèmes de perte, de contemplation, d’errance spirituelle, avec une profondeur et une pudeur qui évitent tout sentimentalisme facile.
Collaborations et liens avec Bell Witch
La relation entre Aerial Ruin et Bell Witch est l’une des collaborations les plus fructueuses et les plus organiques de la scène doom expérimentale. Depuis les débuts du duo de Seattle, Erik Moggridge a participé à l’enregistrement de leurs trois premiers albums longue durée, apportant sa voix et ses arrangements acoustiques pour créer des ponts entre la lourdeur doom et la fragilité folk. Sa contribution à Mirror Reaper (2017) — l’album en une seule piste de 84 minutes de Bell Witch — est particulièrement mémorable, son chant traversant la seconde moitié de l’œuvre comme une présence spectrale.
Cette collaboration s’est encore approfondie avec Stygian Bough Volume I (2020), album officiellement co-signé Bell Witch / Aerial Ruin, qui réunit pleinement les deux entités dans un effort commun. Cet album représente une synthèse exceptionnelle des esthétiques des deux projets, fusion de doom massif et de folk crépusculaire.
Une discographie discrète mais exigeante
Au fil des années, Erik Moggridge a publié plusieurs albums et enregistrements sous le nom d’Aerial Ruin, tous caractérisés par la même cohérence esthétique et la même exigence artistique. Nameless Sun et les différents splits et collaborations composent une discographie que l’on explore comme on lirait de la poésie : lentement, attentivement, en laissant chaque mot et chaque accord résonner. Aerial Ruin reste une proposition rare dans le paysage musical contemporain, celle d’un artiste qui n’a jamais sacrifié son intégrité artistique à la visibilité ou à la mode.