Critiques d'albums
LANDMVRKS - The Darkest Place I've Ever Been
La contribution française à la musique heavy va bien au-delà de Gojira . Le monde devrait l'avoir compris maintenant. LANDMVRKS en est la preuve éclatante. Formé à Marseille en 2014, le quintet a gagné sa réputation grâce à des compétences indiscutables et une musique d'une variété rare. Après des albums devenus des classiques comme Hollow (2016) et Lost In The Waves (2021), The Darkest Place I've Ever Been , sorti le 25 avril 2025 via Arising Empire, représente la plus haute synthèse de l'expression du groupe. Et c'est un chef-d'œuvre. L'enfer selon Dante, version metalcore Onze titres, trente-huit minutes de descente cathartique dans l'abîme du malaise humain. The Darkest Place I've Ever Been est un album-concept qui explore la spirale descendante menant à notre moi intérieur, là où résident souvent les causes profondes de cette condition. La structure même de la tracklist évoque L'Enfer de Dante : la track titre pose une déclaration d'intentions claire, puis on traverse "Sulfur"…
Ghost - Skeletá
Tobias Forge avait déjà l'album suivant cartographié en janvier 2022, deux mois avant même qu'Impera ne sorte. Voilà qui résume assez bien la machine Ghost : calculée, prévisible, industrialisée. Skeletá, sixième album studio sorti le 25 avril 2025 via Loma Vista Recordings, arrive avec son lot d'attentes démesurées. Premier album du groupe à atteindre la première place du Billboard 200, décrit comme leur "œuvre la plus introspective à ce jour", enregistré sous le nouvel alias Papa V Perpetua. Le problème ? Sous le maquillage théâtral et les costumes somptueux, il ne reste qu'un squelette vidé de sa substance. L'introspection comme stratégie marketing Ghost a toujours excellé dans l'art de transformer des préoccupations séculaires - pestes, empires, démons - en commentaires contemporains. En 2025, avec Trump de retour à la présidence et les relations internationales plus fragiles que jamais, Skeletá semble tomber à pic. Sauf que cette pertinence apparente masque mal le vide…
Storm Orchestra - Get Better
Depuis que "Drummer" a explosé en 2024, propulsant Storm Orchestra hors des clubs underground parisiens vers les radars internationaux, on attendait le trio au tournant. Get Better , second album sorti le 11 avril 2025 via Mascot Records, démontre que leur percée n'était pas un accident. C'est l'œuvre d'un groupe qui sait exactement où il va. Fondé en 2019 par Maxime Goudard (chant/guitare), Adrien Richard (basse) et Loïc Fouquet (batterie), Storm Orchestra a pris son temps. EP éponyme en 2020, premier album What A Time To Be Alive en 2023 qui les a propulsés en "artistes à suivre" sur Spotify et Deezer. Puis 2024 : l'année de l'accélération. Des clubs sold-out en France, des festivals européens, une signature chez Mascot Records. Le virage professionnel qu'ils attendaient. Get Better arrive donc avec une pression considérable : confirmer que Storm Orchestra peut porter le flambeau du rock alternatif français à l'international. Spoiler : ils y arrivent. Une palette alt-rock maîtrisée…
Déportivo - Reptile
Sept ans. C'est le temps qui sépare Quitter la ville (2017) de Reptile , cinquième album studio de Déportivo sorti le 27 février 2025. Sept ans d'absence discographique, ponctués d'un retour scénique en 2022, et un disque entièrement financé par les fans — sans label, sans concession, sans calcul. Le résultat ? Vingt-deux minutes de rock français nerveux, taillé dans le vif, qui rappelle pourquoi le groupe de Bois-d'Arcy reste l'un des patrimoines les plus précieux du rock indé hexagonal. Un disque court, ramassé, à l'os Dix titres, 22 minutes 50 : Reptile est un EP allongé plus qu'un album-fleuve, et c'est très bien ainsi. Aucun morceau ne dépasse 2:36. Cette concentration extrême est la grande réussite formelle du disque : chaque chanson est une cellule autonome, posée, partie. Pas de pont superflu, pas de coda qui s'éternise. Le groupe joue à l'économie, comme s'il avait sept ans à rattraper et qu'il fallait tout dire d'un coup. L'album s'ouvre sur "Reptile" (2:04), titre éponyme…
Ménades - Sur leurs cendres
"C'est un peu une volonté de dire qu'il faut tout brûler... Et dansons sur leurs cendres." Voilà comment le quintet parisien Ménades résume l'esprit de leur premier album, sorti le 28 février 2025 via Le Cèpe Records. Cinq ans après leur formation, après avoir écumé les scènes de France et d'Europe, après des EPs remarqués (Par Terre, Cramée), Eva Bottega (chant), Dauphin Gallo (guitare rythmique), Max Rezai (guitare lead), Ambre Tholance (basse) et François Couac ( batterie) livrent enfin leur statement complet. Onze titres, quarante minutes de post-punk incendiaire porté par une énergie brute et une sincérité désarmante. Sur leurs cendres tient toutes ses promesses : chaotique, libre, furieux, flamboyant, racé. C'est un album à dévorer. L'héritage riot grrrl réinventé Dès "La Lune", morceau d'ouverture psychédélique, le ton est donné. Textures qui s'entremêlent, atmosphère entre psyché et thriller, groove frémissant. Eva Bottega ondule dans un chant en français plutôt délié avant…
Dream Theater - Parasomnia
Seize ans. C'est le temps qu'il aura fallu pour que Mike Portnoy revienne dans le groupe qu'il a cofondé en 1985. Depuis Black Clouds & Silver Linings (2009), dernier album avec la formation classique et leur plus haut classement dans les charts, Dream Theater a continué sans lui - cinq albums avec Mike Mangini , un Grammy pour "The Alien", des tournées mondiales. Mais l'annonce du départ de Mangini en octobre 2023, simultanée au retour de Portnoy, a provoqué un séisme d'enthousiasme dans la communauté prog. Parasomnia, sorti le 7 février 2025 via InsideOut Music, marque donc les retrouvailles de la formation originelle : James LaBrie (chant), John Petrucci (guitare), John Myung (basse), Jordan Rudess (claviers) et Portnoy à la batterie. Le verdict ? Ils n'ont rien perdu. Mieux : ils reviennent avec une énergie renouvelée. Un concept onirique maîtrisé Parasomnia s'articule autour des troubles du sommeil - ces expériences indésirables vécues pendant le repos. Huit morceaux, 71 minutes…
Saya Gray - SAYA
Il existe des artistes qui défient toute définition. Saya Gray en fait partie. Depuis son premier projet 19 Masters en 2022, la musicienne japonaise-canadienne s'est imposée comme une force alt-pop globalement définie par l'indéfinissable - une artiste dont le travail est sans limites, captivant, intime, exaltant et véritablement différent de tout autre musicien sortant des morceaux actuellement. C'est facile de qualifier quelque chose de "one of one" ; c'est plus difficile de le vivre, de le respirer, de l'incarner et de le partager avec le monde. Saya Gray habite cet espace raréfié et invite tout le monde à entrer. SAYA, sorti le 21 février 2025 via Dirty Hit, est son premier album complet. Trente-neuf minutes qui tracent une ligne définitive entre son passé musical et son avenir. Et c'est magnifique. Le voyage qui change tout SAYA est né "après la dissolution d'un enchevêtrement romantique troublé", selon les notes de pochette. À l'automne 2023, Gray a réservé un vol pour le Japon…
Larkin Poe - Bloom
Les sœurs Lovell reviennent avec Bloom, un album qui cristallise dix ans d'évolution artistique en treize morceaux de blues-rock contemporain. Fini le temps où Rebecca et Megan jouaient les curiosités folk : elles assument désormais leur statut d'héritières légitimes de la tradition américaine, slide guitar en bandoulière et amplis Marshall à fond. L'art de la synthèse sudiste Bloom s'ouvre sur "Mockingbird", déflagration sonore qui pose immédiatement les termes : riffs country-vibe accompagnés de guitares blues rock traditionnelles. La production de Tyler Bryant (qui co-signe également plusieurs compositions) donne à l'ensemble une ampleur que n'avaient jamais atteinte leurs précédents opus. L'ajout d'orgue Hammond ( Michael Webb ), de cordes (Elenor Denig) et d'une section rythmique solide transforme le duo en véritable orchestre roots. Rebecca Lovell , désormais pleinement assumée au chant principal, déploie une tessiture qui oscille entre la sensualité de Bonnie Raitt et l'urgence…
Linkin Park - From Zero
Sept ans après la mort de Chester Bennington , Linkin Park ressuscite. Pas en tentant de remplacer l'irremplaçable, mais en osant tout recommencer. From Zero , clin d'œil à leur nom originel "Xero", n'est pas un album de deuil ou de nostalgie. C'est un manifeste de réinvention qui fonctionne précisément parce qu' Emily Armstrong n'est pas Chester, et que personne ici ne prétend le contraire. Emily Armstrong : l'évidence du renouveau Les polémiques autour de son arrivée, Scientologie, présence au procès Masterson, ont parasité les débats. Passons. Ce qui compte, c'est ce qu'Armstrong apporte vocalement. Et sur From Zero , écrit spécifiquement pour elle et sa tessiture, elle est magistrale. Issue de Dead Sara , elle possède cette puissance brute qui manquait au groupe depuis des années, mais avec une sensibilité différente, moins torturée, plus combative. Oui, elle peine sur les anciennes chansons en live - normal, elles n'ont pas été conçues pour elle. Mais sur " The Emptiness…
Toby Lee - House on Fire
Il a 19 ans. Trois fois vainqueur du Young Blues Artist of the Year aux UK Blues Awards. Encensé par Jools Holland et Joe Bonamassa . Qualifié par The Times comme "l'un des meilleurs guitaristes de Grande-Bretagne". Toby Lee n'est pas un prodige ordinaire - c'est un musicien complet dont la maturité artistique dépasse de loin son âge. Avec House on Fire , sorti le 4 octobre 2024, le jeune britannique livre son premier album entièrement composé de matériel original. Trente-quatre minutes, onze titres, une déclaration d'indépendance artistique. L'héritier légitime En 2019, à seulement 14 ans, Toby Lee partageait la scène du Royal Albert Hall avec Joe Bonamassa , qui l'a depuis baptisé "future superstar du blues". Certains le présentent même comme "le futur du blues" tout court. Son premier album Aquarius (2021) a passé deux semaines au sommet du UK Jazz & Blues Album Chart, mais il s'agissait essentiellement de reprises et de standards revisités. House on Fire change la donne. C'est…
Fontaines D.C. - Romance
Après trois albums chez Partisan Records et un Brit Award du meilleur groupe international décroché avec Skinty Fia , Fontaines D.C. change tout : de label, d'abord, en rejoignant XL Recordings ; de studio, ensuite, en posant ses valises à La Frette en France puis aux Church Studios de Londres ; et surtout de méthode. Le groupe qui s'interdisait jusque-là d'enregistrer ce qu'il ne pouvait pas rejouer tel quel sur scène s'en affranchit enfin. Grian Chatten ira jusqu'à dire que Romance ressemble à leur premier vrai disque de studio — un aveu qui, venant d'un groupe déjà quatre fois primé, vaut son pesant de mots. Le morceau-titre ouvre le bal en à peine deux minutes trente, comme un sas plutôt qu'un titre : une respiration électronique avant que « Starburster », premier single et sommet de l'album, ne fasse basculer le disque dans autre chose. Débit haché entre les couplets et refrain suspendu, production qui doit autant à Korn qu'à la pop la plus large, le morceau capture ce que…
Nothing More - Carnal
Trois nominations aux Grammy Awards. Sept singles dans le Top 10 des radios rock actives américaines. Vingt ans de carrière ponctuée de galères et de percées miraculeuses. Nothing More , quatuor de San Antonio, Texas, revient avec Carnal, huitième album studio sorti le 28 juin 2024 via Better Noise Records. Quinze pistes, quarante-cinq minutes de hard rock alternatif musclé enrichi de philosophie introspective et d'hymnes massifs assumés. Et cette fois, tout s'aligne magistralement. L'aboutissement d'une longue marche L'histoire de Nothing More incarne la persévérance. Formés en 2003, ils ont passé la majeure partie des années 2000 à enregistrer des albums indépendants et à lutter pour se maintenir à flot. En 2009, sur leur troisième album, le batteur Jonny Hawkins devient chanteur principal - décision cruciale qui définira leur identité. Le suivant, comme les trois précédents, sort en auto-production. Puis arrive enfin la percée en 2014 avec une distribution plus large via Eleven…
Angine de Poitrine - Vol. 1
En juin 2024, deux silhouettes à grandes tronches en papier mâché, vêtues de costumes à pois, balancent discrètement leur premier album sur les plateformes depuis Saguenay, Québec. Personne ou presque n'en entend parler au-delà du circuit festival québécois. Dix-huit mois plus tard, leur session KEXP dépasse les seize millions de vues, les vinyles s'arrachent à prix d'or sur Discogs, et le New York Times parle d'eux comme d'un phénomène qui a pris l'internet d' assaut. Vol. 1 est cet album — celui d'avant la déflagration. Et à l'écouter aujourd'hui, on réalise que le duo savait exactement où il allait dès la première mesure. Six titres, un univers complet Les six chansons de l'album sont remplies de tempos bondissants, de riffs de guitare microtonaux rappelant le rock anatolien turc, et de moments d'agression occasionnels pouvant être comparés à certaines formes de musique brutale. Six titres seulement — mais six titres denses, chargés, qui réclament plusieurs écoutes avant de livrer…
MADAM - Thanks for the Noise
"Notre musique on la fait avec nos putains de tripes." Cette phrase, MADAM l'a posée comme manifeste sur leur Bandcamp. C'est exactement ce que délivre Thanks for the Noise : 35 minutes de rock alternatif viscéral, sans filtre, sans compromis. Le genre d'album qui laisse des traces de sueur sur la platine. La genèse du bruit Au départ il n'y avait rien. Trois musiciennes qui ne se connaissaient pas, se sont enfermées dans des studios pour monter un groupe et écrire leurs premiers morceaux ensemble. Anaïs Belmonte (batterie), Marine Masachs (basse), Gabbie Burns (guitare/chant) - ce power trio 100% féminin toulousain a construit sa légende à coups de concerts donnés "aussi vite qu'elles ont pu", parce que la scène, c'est leur royaume. En 2018, leur premier EP leur vaut déjà d'être diffusé sur des radios anglaises avec " The Ride " et de remporter le Prix Nouvelles Scènes Music Machines dans le cadre des INROCK LABS. En 2019, elles partagent l'affiche avec No One Is Innocent , Lofofora…
Soft Loft - The Party and the Mess
C'est avec une délicatesse rare que le collectif suisse Soft Loft a dévoilé son premier album studio " The Party and the Mess " le 22 mars 2024. Avec ses 12 morceaux pour 46 minutes d'écoute, cet opus inaugural marque l'arrivée fracassante d'une nouvelle voix dans le paysage indie folk international. Un refuge musical pour les âmes brisées Soft Loft est un collectif basé en Suisse, mené par la chanteuse et parolière Jorina Stamm, âgée de 25 ans. Dès le premier jour, leur mission a été de créer un espace où la vulnérabilité est comme l'oxygène et où se connecter à l'autre est une brise d'été. Leur son est un mélange collant d'extase et de mélancolie. Comme le décrit le groupe : " Soft Loft est un refuge, une attitude, un mode de vie. C'est là où le brisé et l'imparfait sont embrassés et célébrés. Soft Loft est non-hiérarchique. Soft Loft est l'endroit où la réalité se transforme en rêves et les rêves reviennent à la réalité. Le jugement est suspendu ici. Parce que la vulnérabilité est…
Faada Freddy - Golden Cages
Neuf ans après Gospel Journey , Faada Freddy nous revient avec Golden Cages , un album solaire qui confirme son statut d'artiste essentiel de la scène world music contemporaine. Le chanteur sénégalais, figure emblématique du groupe Daara J , livre ici son opus solo le plus abouti et le plus lumineux, une œuvre qui transcende les frontières géographiques et stylistiques avec une grâce désarmante. Dès les premières notes, Golden Cages impose son atmosphère unique : une fusion subtile entre soul organique, afrobeat moderne, funk chaleureux et touches de hip-hop conscient. La production, léchée sans jamais être aseptisée, laisse respirer chaque instrument et met en valeur la richesse des arrangements. Les cuivres pétillants, les guitares feutrées, les percussions enivrantes et les synthés délicats tissent un écrin sonore d'une élégance rare. La voix de Faada Freddy est au centre de ce joyau musical. Chaleureuse, caressante, parfois incisive, elle navigue avec aisance entre le wolof, le…
Chinese Man - We've Been Here Before
Six ans de silence. Six ans pour que les Aixois de Chinese Man digèrent leur propre légende, celle qui depuis 2004 les a érigés en parrains du trip-hop hexagonal. We've Been Here Before n'est pas un retour – c'est une révolution circulaire, un ouroboros musical où la fin rejoint le commencement avec une maîtrise confondante. Architecture sonore : le grand écart maîtrisé L'album s'ouvre sur Salune , collision sidérale entre orchestre symphonique et beats hip-hop massifs, sublimée par la voix de René Barjavel commentant Apollo 8. Coup de génie : transformer un document d'archive en manifeste poétique sur notre rapport au cosmos. Cette audace programmatique annonce la couleur – Chinese Man refuse la facilité du revival nostalgique pour embrasser une complexité kaléidoscopique. Le titre éponyme déploie une guitare flamenca lancinante, territoire inexploré où Miscellaneous et Stogie T tissent une réflexion acide sur la routine moderne. L'alliance entre la mélancolie andalouse et le flow…
Greta Van Fleet - Starcatcher
Il y a des groupes qui portent leurs influences comme un blason, et d'autres qui les portent comme un boulet. Depuis ses débuts, Greta Van Fleet porte les deux à la fois. Le quatuor de Frankenmuth, dans le Michigan, a été propulsé au rang de sauveur du rock par From the Fires puis éreinté par une partie de la critique à la sortie d' Anthem of the Peaceful Army , qui ne lui pardonnait pas sa ressemblance avec Led Zeppelin . Il avait ensuite cherché à s'en échapper vers le haut avec The Battle at Garden's Gate , un disque ample, orchestré et volontiers grandiloquent, produit par Greg Kurstin. Pour son troisième album, sorti le 21 juillet 2023 chez Lava et Republic, le groupe fait presque le chemin inverse. Le changement le plus visible se lit au dos de la pochette. Exit Kurstin, place à Dave Cobb , le producteur de Nashville que l'on associe à Chris Stapleton, Sturgill Simpson ou Rival Sons , et qui signe également les morceaux aux côtés des frères Kiszka et de Danny Wagner. Les…
Rodrigo y Gabriela - In Between Thoughts… A New World
Peu de duos instrumentaux possèdent une signature sonore aussi immédiatement identifiable. Quand résonnent ces guitares espagnoles qui s'affrontent et fusionnent simultanément, on sait instantanément qu'on écoute Rodrigo y Gabriela . Avec In Between Thoughts… A New World , sorti en avril 2023 sur ATO Records, le duo mexicain basé à Dublin continue d'explorer les confins de leur genre tout en investissant leur musique de dimensions métaphysiques inédites. L'alchimie flamenco-metal réinventée Depuis leurs débuts, Rodrigo Sánchez et Gabriela Quintero ont créé une formule unique : des duels instrumentaux sur guitares flamencas, influencés par le nuevo flamenco, le rock et le heavy metal. Ils sont célèbres pour leurs reprises de "Orion" de Metallica et "Stairway to Heaven" de Led Zeppelin , mais c'est dans leurs compositions originales qu'ils révèlent leur véritable génie. In Between Thoughts... repousse encore les frontières. Le duo, influencé par des pratiques spirituelles orientales…
The Last Internationale - Running for a Dream
Il y a des disques qu'on écoute, et il y a des disques qui vous traversent. Running for a Dream , quatrième album studio du duo new-yorkais The Last Internationale , appartient sans hésitation à la seconde catégorie. Delila Paz et Edgey Pires y livrent un manifeste rock incandescent, à la fois ancré dans la grande tradition du blues-rock américain et brûlant d'une urgence politique qui ne s'éteint jamais. Le retour d'un duo en état de grâce Près de cinq ans après Soul on Fire (2018), le duo revient dans une forme renversante. Le souffle de la rage sociale, déjà au cœur de leur ADN depuis les débuts en 2008, n'a rien perdu de son intensité — au contraire, il s'est décanté. Là où We Will Reign posait le manifeste, là où Soul on Fire explorait la spiritualité brûlante des grands noms du blues, Running for a Dream synthétise tout cela dans un disque enfin pleinement assumé. La voix de Delila Paz est l'épicentre de l'album : tour à tour rauque, brisée, soul, gospel, elle convoque autant…
Two Faces - After the Embers
Il y a des albums qui tombent à pic. After the Embers , premier long format du duo lyonnais Two Faces , sorti le 31 mars 2023, capture l'anxiété d'une génération marchant sur les braises d'un monde embrasé. Benjamin Geffen et Pierre-Olivier Da Silva , la trentaine, livrent ici un condensé d'électro-rock et de trip-rock qui place immédiatement Lyon sur la carte de l'indie rock actuel. Deux âmes-frères, une identité singulière Ben et PO se sont rencontrés au lycée, unis par leur amour des Arctic Monkeys et de la scène anglo-saxonne. Après avoir commencé par des reprises à la guitare - ironiquement le premier instrument qu'ils ont décidé d'exclure de Two Faces - ils ont développé une relation fraternelle décrite comme "inexplicable". "Unspeakable Things", titre d'ouverture, célèbre précisément cette rencontre : deux frères d'âme dont l'univers sonore, à la frontière entre Brit Rock et French Touch , est marqué par une atmosphère cinématographique singulière. Le duo refuse d'être enfermé…
Papa Roach - Crooked Teeth
Il y a quelque chose de légèrement paradoxal dans la situation de Papa Roach en 2017. Le groupe de Vacaville, Californie, entame sa troisième décennie de carrière — ce qui en soi est une performance que peu de leurs contemporains du nu-metal peuvent se targuer d'avoir accomplie. Linkin Park a muté jusqu'à se méconnaître. Limp Bizkit tourne en cercles. Korn subsiste. Et Papa Roach , lui, sort son neuvième album avec la régularité d'un métronome et la conviction d'un groupe qui n'a toujours pas dit ce qu'il avait à dire. Crooked Teeth est cet album. Et surprise : c'est peut-être leur meilleur depuis Infest . La production comme pont entre deux époques Une grande partie du résultat tient à l'équipe de production : Nicholas "RAS" Furlong et Colin Brittain ont tous deux grandi en fans du groupe et les ont encouragés à saisir le passé tout en restant frais. Cette décision — confier les commandes à des gens qui aiment le groupe pour ce qu'il était autant que pour ce qu'il est — change tout…





















